
🍎 Comprendre avant de jeter
Le mot obsolescence programmée fait peur, agace, et déclenche parfois de grands procès contre “le monde moderne”. Pourtant, tout appareil qui vieillit n’est pas forcément victime d’un complot industriel. Un iMac de 2009, un iPhone de 2015 ou une imprimante de l’époque où l’on gravait encore des CD ne peuvent pas deviner les besoins techniques de 2026. Même avec une boule de cristal, le port USB-C ne pousse pas spontanément sur un vieux boîtier.
🍎 En 30 secondes
- L’obsolescence programmée, au sens strict, c’est une réduction délibérée de la durée de vie d’un produit par des moyens techniques ou logiciels.
- Un appareil ancien qui ne reçoit plus toutes les nouveautés n’est pas automatiquement victime d’obsolescence programmée.
- Un Mac ou un iPhone peut encore fonctionner longtemps, mais ne plus être adapté à tous les usages modernes : sécurité, sites web, applications, iCloud, banques, photos, sauvegardes.
- Le vrai sujet n’est pas de garder une machine éternellement, mais de savoir jusqu’où il est raisonnable de la garder.
L’obsolescence programmée, c’est quoi exactement ?
En droit français, l’obsolescence programmée désigne le recours à des techniques, y compris logicielles, par lesquelles le responsable de la mise sur le marché d’un produit vise à réduire délibérément sa durée de vie. Le mot important est “délibérément”. Il ne suffit donc pas qu’un appareil vieillisse, ralentisse ou ne reçoive plus une nouveauté pour crier au scandale.
La définition officielle est disponible sur Légifrance, article L441-2 du Code de la consommation.
Autrement dit : si un fabricant conçoit volontairement un produit pour qu’il tombe en panne trop tôt, ou bloque artificiellement son usage pour pousser au remplacement, le reproche est sérieux. Mais si un appareil de 12, 14 ou 15 ans ne sait plus suivre les exigences actuelles du web, de la sécurité, des applications ou des accessoires, on est souvent devant un autre phénomène : le vieillissement technologique normal.
Conseil Jean-Michel 👓
Quand un client me dit : “C’est de l’obsolescence programmée !”, je commence rarement par contredire. Je traduis. Souvent, la vraie phrase est : “Mon appareil fonctionnait très bien, et je ne comprends pas pourquoi le monde autour de lui a changé.” Et là, oui, je comprends très bien. Le monde numérique change parfois avec la délicatesse d’un déménageur pressé dans une cage d’escalier.
Le bâton, le trou, et le scandale informatique
Imaginons un bâton fabriqué il y a douze ans. Il est solide, agréable, bien fini. Douze ans plus tard, on invente un nouveau système où tous les bâtons doivent passer dans un trou carré, connecté, sécurisé, synchronisé avec le cloud et compatible avec une application bancaire. Votre bâton rond ne passe plus. Est-ce un scandale ? Comme aurait pu le dire Georges Marchais : “C’est un scandale !” Peut-être. Mais ce n’est pas forcément de l’obsolescence programmée.
Le trou n’existait pas au moment où le bâton a été fabriqué. Le fabricant n’a pas forcément “oublié” de le prévoir. Il ne pouvait tout simplement pas anticiper toutes les normes, usages, exigences de sécurité et habitudes numériques qui allaient apparaître dix ou quinze ans plus tard.
Ce qui relève souvent du vieillissement normal
- un processeur trop ancien pour les nouveaux systèmes ;
- une mémoire insuffisante pour les applications modernes ;
- un navigateur qui ne sait plus afficher correctement certains sites ;
- une batterie fatiguée après des années de cycles ;
- des accessoires récents qui utilisent une connectique inexistante à l’époque.
Ce qui peut devenir contestable
- un blocage logiciel inutile ;
- une réparation rendue volontairement impossible ;
- une pièce disponible mais refusée sans raison claire ;
- une information floue sur la durée de support ;
- une baisse volontaire de performance non expliquée.
Un iMac de 2009 qui a duré 14 ans : échec ou réussite ?
L’ancien article partait d’un exemple très parlant : un iMac de 2009 que l’on tente encore de faire vivre bien des années plus tard. Un tel Mac pouvait avoir connu plusieurs versions de macOS, des changements de navigateur, des évolutions iCloud, des sites web beaucoup plus lourds, des normes de sécurité plus strictes et des usages totalement nouveaux.
Dire qu’un iMac de cet âge devient limité n’est pas insulter la machine. C’est reconnaître qu’elle a déjà fait une carrière très honorable. Quatorze ans en informatique, c’est presque une vie de notaire, mais avec des mises à jour de sécurité en plus.
À ne pas confondre
“Mon Mac s’allume encore” ne veut pas dire “mon Mac est encore adapté à tous mes usages”. Il peut très bien servir pour écrire, classer des documents, consulter d’anciens fichiers ou gérer des tâches simples. Mais il peut devenir inadapté pour la banque en ligne, les nouveaux sites, les applications récentes, les synchronisations iCloud ou les exigences de sécurité actuelles.
Pourquoi les mises à jour finissent-elles par s’arrêter ?
Une mise à jour moderne n’est pas seulement une couche de peinture sur une vieille façade. Elle demande de la puissance, de la mémoire, des composants compatibles, des pilotes, de la sécurité matérielle et des tests. À un moment, maintenir un ancien appareil devient techniquement compliqué, parfois risqué, parfois tout simplement disproportionné.
Apple distingue officiellement les produits anciens et obsolètes. Un produit est considéré comme ancien lorsque sa commercialisation a été arrêtée depuis plus de cinq ans et moins de sept ans. Il devient obsolète après plus de sept ans d’arrêt de commercialisation. Apple précise aussi que les réparations matérielles ne sont plus assurées de la même manière selon ces catégories, avec certaines exceptions, notamment autour des batteries de Mac portables selon disponibilité des pièces. Ces règles sont détaillées sur la page officielle Faire réparer votre produit Apple après l’expiration de la garantie.
On peut discuter ces limites, les trouver trop courtes dans certains cas, ou souhaiter des pièces plus longtemps. Mais elles relèvent d’une politique de support, de réparation et de disponibilité des composants. Ce n’est pas automatiquement la preuve d’un sabotage volontaire.
Et l’iPhone dans tout cela ?
L’iPhone est souvent cité dans les débats sur l’obsolescence programmée. Pourtant, certains modèles ont connu une longévité logicielle remarquable. L’iPhone 6s, sorti en 2015, a reçu iOS 15 en 2021, puis encore des mises à jour de sécurité bien après la fin des grandes nouveautés. Apple a par exemple publié en 2026 des mises à jour de sécurité pour iOS 15 destinées notamment aux iPhone 6s, iPhone 7 et iPhone SE de première génération.
Est-ce que cela veut dire qu’il faut garder un iPhone 6s comme téléphone principal en 2026 ? Pas forcément. Les applications bancaires, les sites sécurisés, les pièces, la batterie, le stockage et les usages modernes peuvent poser problème. Mais ce n’est pas la même chose que dire : “Apple l’a volontairement tué au bout de deux ans.”
La bonne question n’est pas “peut-il encore marcher ?”
La bonne question est : “Peut-il encore marcher correctement pour ce que j’en fais aujourd’hui ?” Un ancien iPhone peut encore dépanner, servir d’appareil photo secondaire ou de téléphone simple. Mais pour les paiements, les banques, les comptes sensibles, les sauvegardes, les SMS de validation et les données personnelles, il faut être beaucoup plus prudent.
Apple n’est pas un ange, mais l’accusation doit être juste
Soyons clairs : Apple n’est pas une association de quartier qui vend des pommes au marché du samedi. Apple est une entreprise commerciale, très rentable, qui sait parfaitement créer le désir, organiser ses gammes et donner envie de renouveler ses appareils. Le marketing existe. La frustration aussi. Le prix des réparations peut piquer. La mémoire soudée dans certains Mac peut agacer. L’absence d’évolution possible après achat peut être un vrai sujet.
Mais accuser d’obsolescence programmée chaque fois qu’un appareil vieillit brouille le débat. Cela empêche de voir les vraies questions : réparabilité, durée des mises à jour, disponibilité des pièces, stockage suffisant dès l’achat, mémoire impossible à augmenter, batteries, compatibilité des accessoires, sécurité des anciens systèmes.
| Situation | Ce que cela signifie souvent | Que faire ? |
|---|---|---|
| Le Mac démarre mais il est lent | Stockage saturé, disque fatigué, système ancien, mémoire limitée. | Nettoyer, sauvegarder, vérifier l’état du disque, puis décider si la réparation vaut le coût. |
| Le site de la banque ne fonctionne plus | Navigateur ou système trop ancien pour les exigences de sécurité actuelles. | Éviter les bricolages dangereux. Tester un navigateur compatible si possible, sinon envisager un appareil plus récent. |
| Une application refuse de s’installer | L’éditeur de l’application exige une version plus récente d’iOS, iPadOS ou macOS. | Vérifier s’il existe une version web ou une alternative, mais ne pas forcer n’importe quoi. |
| La batterie ne tient plus | Vieillissement chimique normal après des années de cycles. | Comparer le prix d’une batterie avec la valeur et l’usage réel de l’appareil. |
| Le matériel est “obsolète” chez Apple | Apple ne fournit plus les pièces ou réparations matérielles officielles selon ses règles. | Évaluer les réparateurs indépendants, les risques, les coûts et l’intérêt réel de prolonger. |
Le vrai scandale : acheter trop court dès le départ
Le plus gros problème n’est pas toujours l’obsolescence programmée. C’est parfois l’achat trop juste au départ. Un Mac acheté avec trop peu de stockage ou de mémoire peut devenir pénible bien avant la fin de sa durée matérielle. Un iPhone choisi avec le plus petit stockage peut saturer dès que Photos, WhatsApp, les vidéos et les mises à jour s’en mêlent.
Le numérique moderne ne pardonne pas toujours les économies de départ. On croit économiser 200 francs ou 200 euros, puis on passe cinq ans à supprimer trois photos pour installer une mise à jour. Il y a des économies qui ressemblent à des abonnements à l’agacement.
Conseil Jean-Michel 👓
Quand vous achetez un Mac ou un iPhone, ne demandez pas seulement : “Combien coûte le moins cher ?” Demandez plutôt : “Combien de temps vais-je vouloir le garder, et avec quels usages ?” Pour un appareil que l’on veut conserver longtemps, le bon choix au départ évite beaucoup de jurons plus tard. Même les jurons suisses, qui restent généralement bien élevés.
Alors, quand faut-il remplacer un Mac ou un iPhone ?
Il n’y a pas une date magique. Il y a des signes. Un appareil peut être vieux mais encore très utile. Il peut aussi être récent mais mal adapté, saturé ou mal configuré. L’âge seul ne suffit pas.
On peut souvent garder
- si les sauvegardes fonctionnent ;
- si les mises à jour de sécurité restent possibles ;
- si les sites essentiels fonctionnent ;
- si l’appareil répond correctement ;
- si les données sont propres et bien organisées.
Il faut commencer à réfléchir
- si la banque, les mails ou les sites importants ne passent plus ;
- si aucune mise à jour utile n’est possible ;
- si les réparations coûtent presque le prix d’un appareil plus récent ;
- si le stockage est constamment saturé ;
- si l’appareil devient un risque pour vos données.
Mode sans panique
Ne remplacez pas un appareil uniquement parce qu’il est ancien. Ne le gardez pas non plus uniquement parce qu’il s’allume encore. Entre le gaspillage et l’acharnement thérapeutique numérique, il existe une voie raisonnable : analyser l’usage réel, l’état de la machine, les sauvegardes, la sécurité et le coût de prolongation.
La formule simple : durable, mais pas éternel
Un bon appareil Apple peut durer longtemps. Un Mac peut accompagner une personne pendant dix ans, parfois plus. Un iPhone peut rester utile bien au-delà de la période où il reçoit les toutes dernières nouveautés. Mais aucun appareil numérique ne peut rester éternellement compatible avec un monde qui change autour de lui.
Le problème n’est donc pas de refuser le progrès ou de défendre aveuglément Apple. Le problème est de poser le bon diagnostic. Entre “tout est complot” et “tout est normal”, il y a la réalité du terrain : des machines qui vieillissent, des usages qui changent, des fabricants qui pourraient parfois faire mieux, et des clients qui ont besoin d’explications claires avant de sortir la carte bancaire.
FAQ : obsolescence programmée, vieux Mac et anciens iPhone
Un Mac ancien qui ne reçoit plus macOS est-il victime d’obsolescence programmée ?
Pas forcément. Un arrêt de compatibilité peut venir de limites matérielles, de pilotes, de sécurité ou de performances. Cela peut être frustrant, mais l’obsolescence programmée suppose une volonté délibérée de réduire la durée de vie du produit.
Peut-on continuer à utiliser un vieux Mac ?
Oui, pour certains usages simples : écrire, consulter des documents, classer des photos, utiliser des logiciels déjà installés. Il faut être plus prudent pour les banques, les achats en ligne, les comptes sensibles et les sites modernes.
Un iPhone sans dernière version d’iOS est-il dangereux ?
Il peut devenir plus risqué avec le temps, surtout si les mises à jour de sécurité s’arrêtent ou si les applications essentielles ne suivent plus. Tout dépend du modèle, de la version installée et de l’usage réel.
Faut-il acheter le modèle le moins cher pour économiser ?
Pas toujours. Pour garder un appareil longtemps, le stockage et la mémoire sont essentiels. Un modèle trop juste peut devenir pénible plus vite, même si le matériel fonctionne encore.



