Cet article est volontairement structuré en deux parties. La première pose le cadre. La seconde s’adresse à celles et ceux qui doutent encore, ou qui veulent aller plus loin.
Partie 1 — Comprendre la guerre hybride
🧠 Quand ton fil d’actualité devient un champ de bataille
On pense souvent que la guerre se joue avec des chars, des avions et des uniformes. Erreur de casting.
Aujourd’hui, la guerre se glisse dans ton fil d’actualité, entre une photo de chat, une promotion douteuse et un commentaire qui commence par « On ne nous dit pas tout… »
Bienvenue dans la guerre hybride, le terme exat serait d'ailleurs guerre cognitive, celle qui touche nos cerveaux : une guerre sans front, sans déclaration officielle, mais avec des effets bien réels sur nos cerveaux.
Un mélange de désinformation, d’influence psychologique, de cyberattaques et de manipulation de l’opinion, le tout sans tirer un seul coup de feu.
📱 Quand ton écran devient un champ de bataille
Les conflits modernes ne cherchent plus seulement à vaincre des armées, mais à fatiguer les esprits.
Faux comptes, commentaires coordonnés, articles trompeurs, vidéos tronquées… L’objectif n’est pas de te convaincre, mais de te faire douter.
C’est exactement comme ces fausses alertes : « Votre Mac est infecté ! Appelez immédiatement ce numéro ».
Le message est grotesque… mais il fonctionne, parce qu’il joue sur la peur et l’urgence.
🧩 Le vrai poison : la confusion
La manipulation moderne repose moins sur le mensonge pur que sur un brouillard permanent.
- Un fait vérifié vaut une rumeur
- Une opinion devient une preuve
- Tout se vaut, donc plus rien n’a de valeur
À la fin, on ne sait plus quoi croire. Et c’est exactement le but recherché.
- On aime ce qui confirme ce qu’on pense déjà
- On fait confiance à ce qui est massivement partagé
- On croit être plus malin que les autres
Tu ne télécharges pas n’importe quel logiciel sur ton Mac.
Mais des idées douteuses, on les installe parfois en un clic, sans mot de passe.
🏛️ Démocraties en zone grise
Dans cette guerre sans uniforme, les institutions ne sont pas attaquées frontalement.
Elles sont discréditées lentement, jusqu’à ce que tout le monde finisse par dire :
« De toute façon, ils mentent tous. »
🛡️ Comment garder la tête froide
- Vérifier les sources avant de partager
- Se méfier des commentaires trop bien alignés
- Lire plusieurs points de vue
- Accepter qu’on n’est jamais totalement immunisé
🎯 En conclusion — garder la tête sur le billet
La guerre moderne ne détruit pas les villes. Elle embrouille les esprits.
Dans ce contexte, garder la tête froide devient un acte de résistance.
Un peu comme refuser de cliquer trop vite. Un peu comme réfléchir avant de partager.
Bref, garder la tête sur le billet.
Partie 2 — Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus
Les réseaux sociaux ressemblent de plus en plus à une place de village…sauf que la moitié des gens qui crient sur la place sont des robots payés pour ça. cnn+1
Leur mission n’est pas seulement de t’énerver, mais de te faire douter de tout, jusqu’à ne plus distinguer le vrai du faux, le bien du mal, un fait d’une opinion. idm+2
1. Comment les bots ont colonisé les commentaires
Depuis une dizaine d’années, des “fermes à trolls” et armées de bots – notamment russes – inondent les réseaux sociaux de commentaires coordonnés. vsquare+3
Ce ne sont pas trois comptes bizarres en alphabet cyrillique, mais des milliers de profils avec photo crédible, prénom bien français, et niveau de langue “discussion au café du coin”. journals.ur+3
Ces bots et trolls :
saturent les commentaires de haine, de complots, de “tous pourris” ; cnn+2
donnent l’illusion qu’une opinion extrême est majoritaire, en la répétant partout ; nature+2
se branchent sur l’actualité locale (prix de l’essence, agriculteurs, immigration, Ukraine…) pour pousser toujours la même conclusion : “L’Europe est morte, les élites te mentent, à quoi bon voter ?”. disinfo+2
Tu crois lire “ce que pensent les gens”.
En pratique, tu lis souvent le produit marketing d’une machine de guerre informationnelle. congress+2
2. Faux médias, vraies manipulations : le piège des pages “bien de chez nous”
La manipulation ne vient pas toujours d’un compte ouvertement politique.
Elle passe par des pages aux noms rassurants : “Recettes de Grand-Mère”, “Astuces du Jour”, “Infos Citoyennes”, ou par des clones de vrais médias (graphisme, logo, style copiés) créés pour injecter des intox. lemonde+3
En Europe, des enquêtes ont mis au jour :
des copies de sites de journaux connus (Guardian, Bild, grands titres français) reutilisés pour diffuser des fausses informations pro-Kremlin ou complotistes ; lemonde+1
des pages Facebook se faisant passer pour des médias locaux ou des responsables politiques, mais gérées depuis l’étranger ; cyberscoop+3
des réseaux de faux sites d’“info” en français, créés juste avant des élections pour pousser un discours extrême ou anti-UE. disinfo+2
Le piège fonctionne parce que :
le nom sonne familier,
le ton semble “proche du peuple”,
la frontière entre vrai média et faux devient floue sur un écran de smartphone. cyberscoop+2
3. Les biais de notre cerveau : pourquoi ça marche si bien sur nous
Tout ce dispositif fonctionne parce qu’il parle à nos biais cognitifs, pas à notre intelligence. weforum+2
Quelques biais très exploités :
Biais de confirmation : tu retiens ce qui confirme ce que tu penses déjà. Si tu crois que “tous pourris”, chaque thread de bots te semblera une preuve de plus. jonathanbecher+1
Première impression : le premier commentaire, très émotionnel, colore ta lecture de tout le reste. politicwise+2
Effet de meute (bandwagon) : plus tu vois une opinion répétée, plus elle te semble normale. weforum+2
“Bias blind spot” : la conviction que “les autres se font avoir, mais pas moi”. jonathanbecher+1
Des études montrent que même exposés à des preuves contraires, beaucoup de gens ne changent pas d’avis, ou se braquent encore plus. nature+2
Les trolls n’ont donc pas besoin de te “convertir” : ils doivent juste appuyer là où ça fait déjà mal, jusqu’à ce que tu te dises que la vérité n’existe plus vraiment. vsquare+2
4. La vraie stratégie : tout rendre équivalent (et donc inutile)
Le but de cette guerre informationnelle n’est pas seulement de répandre tel ou tel mensonge précis.
C’est de te faire perdre le nord : idm+3
Le vrai et le faux deviennent indiscernables (“on ne saura jamais”).
Le bien et le mal paraissent relatifs (“c’est compliqué, tu comprends”).
Un fait vérifié et un avis de troll pèsent le même poids dans le débat (“chacun sa vérité”).
Un délit devient une simple “revanche sur la vie” (“avec ce qu’il a vécu, on le comprend”).
Les théories complotistes amplifiées pendant le Covid n’ont pas disparu : elles se sont recyclées en discours politiques, en télé, en campagne électorale, jusqu’à influencer les décisions de santé publique dans certains pays. cnn+3
Résultat : personne ne serait très surpris de voir, un jour, un platiste ou un anti-science à la tête d’une grande agence, parce qu’on aura tellement banalisé l’idée que “tout se vaut”. politicwise+2
La plus grande victoire de ces campagnes, ce n’est pas que tu crois à une fake news. C’est que tu cesses de croire à l’utilité du vrai. idm+2
5. Personne n’est totalement à l’abri
Mauvaise nouvelle : même les plus “éveillés” sont touchés.
À force de baigner dans un océan d’intox, de demi-vérités et de polémiques, même les gens prudents : nature+2
deviennent plus méfiants envers toute information, même solide ;
finissent par se dire “on ne saura jamais vraiment” ;
glissent doucement vers le “tous pourris” ou le “tout est manipulé”, ce scepticisme qui se croit lucide mais ne protège de rien. weforum+2
La puissance de frappe est telle qu’elle ferait douter un saint de sa propre histoire s’il passait ses journées dans les commentaires.
Ce n’est pas de la science-fiction : certains chercheurs parlent déjà de nihilisme informationnel, cette tentation de considérer que tout est propagande, donc que le seul critère reste : “qu’est-ce qui me fait le plus vibrer ?”. jonathanbecher+2
6. Recommandations concrètes : comment ne pas trop se faire balader
Pas besoin de fuir internet, mais il faut arrêter de croire qu’on est naturellement immunisé.
Voici un petit kit de survie argumenté :
6.1. Vérifier la source avant le slogan
Chercher qui est derrière la page : date de création, mentions légales, vrais journalistes ou simple “équipe patriote” anonyme.rsf+3
Se méfier des pages créées récemment qui publient énormément, sur tous les sujets sensibles, sans transparence. disinfo+2
- Même si tout cela fatigue, mais c’est vrai … tout est fait pour vous endormir et vous empêcher de réfléchir plus de 5 secondes à la même chose, le scroll est roi.
6.2. Douter des commentaires trop parfaits
Un fil plein de phrases très proches, très émotionnelles, qui poussent toutes dans le même sens ? Probable campagne coordonnée : il y en a partout même et surtout sur les fils de commentaires les plus suivis (regardez le Figaro, l’Express, le Point ou le Temps.ch…journals.ur+2
Éviter de prendre la température politique d’un pays dans la section commentaires d’un seul article ou d’une seule vidéo. vsquare+2
6.3. Diversifier vraiment ses sources
Lire au moins 2–3 médias différents (y compris ceux qui ne pensent pas comme toi) avant de conclure que “personne n’en parle” ou que “tout le monde ment”. lemonde+2
Se méfier des informations présentes uniquement sur des sites obscurs ou des captures d’écran WhatsApp. rsf+3
- Se dire que ce n’est pas parce que c’est sur le web, que c’est vrai, doutez de toute vidéo incongrue, doutez mais sans abandonner, sans lâcher prise.
6.4. Reconnaître ses propres biais cognitifs
Admettre que “y’a pas de fumée sans feu”, “la première impression est la bonne” et “tous pourris” sont des raccourcis dangereux, pas des sagesses populaires. politicwise+2
Se rappeler que l’intelligence ne nous protège pas des biais ; parfois, elle les rationalise simplement mieux. weforum+1
6.5. Refuser le “plus rien n’est vrai”
Critiquer les pouvoirs, oui ; glisser dans “tout est faux”, non, parce que c’est là que la manipulation gagne. cnn+2
Garder un espace pour les faits vérifiables, les enquêtes sérieuses, les corrections d’erreurs. Sinon, plus rien ne distingue une démocratie malade d’une autocratie assumée. europarl.europa+3
7. En résumé
Les réseaux sociaux comme les pages web sont devenus un champ de bataille où des armées de bots et de trolls, souvent pilotés depuis l’étranger, mènent une guerre hybride contre nos démocraties et même contre notre civilisation.
Leur but n’est pas seulement de mentir, mais de rendre la vérité optionnelle, le mensonge séduisant, et le citoyen fatigué au point de lever les mains : “De toute façon, on est manipulés, alors à quoi bon penser ?”. idm+3
La seule posture tenable n’est ni la naïveté (“internet dit la vérité”) ni le cynisme absolu (“tout est faux”).
C’est un scepticisme actif : vérifier, croiser, admettre ses biais, refuser de partager ce qui ne tient pas debout, même si cela flatte notre colère. jonathanbecher+2
Tant que nous faisons cet effort et il est de plus en plus difficile à l’heure de l’IA qui chaque jour nous demande mois d’efforte, les robots n’ont pas complètement la main sur nos opinions.
Le jour où l’on renoncera, alors oui : la messe sera dite, et elle aura été écrite par une IA dans un bureau climatisé très loin de chez nous et nous parlerons tous russe.. ou le langage violent de ICE, cette nouvelle milice-gestapo qui pointe le nez et les armes aux USA.
Sources principales (sélection)
Campagnes russes de désinformation, troll farms, guerre hybride et élections :congress+6
Faux médias, pages Facebook et sites clonés en français :disinfo+3
Rôle des bots et automates dans la manipulation en ligne :[journals.ur.edu]
Biais cognitifs et politique (confirmation, effet de meute, première impression, “bias blind spot”) :politicwise+2
Stratégies européennes et analyses sur la résilience démocratique :europarl.europa+2
- Cette guerre cognitive que nous mène la Russie : Desk-russie
N’ayez pas peur !
Lire, comparer, douter : c’est encore pour le moment, ce que nous avons de plus puissant.
Si ces questions vous parlent et que vous les retrouvez parfois, concrètement, dans votre quotidien , je propose aussi un accompagnement numérique simple et humain. Les infos sont ici.




