IA et RESEAUX SOCIAUX

IA et réseaux sociaux pour le meilleur ou pour le pire

IA et Réseaux sociaux : Disneyland des illusions ou Garde-frontière du réel ?

Depuis des années je parcours la Suisse et visite des gens comme vous et moi et je suis à la fois attendri et sidéré par la diversité que je peux trouver.

Il m’arrive parfois décroiser des chemins de traverse et des des certitudes bien ancrées dans le Gruyère suisse ou dans la fondue moitié-moitié, dont le nom perd de sons sens tant le compromis à la Suisse est de plus en plus atteint là où on ne l’attend pas.

Au royaume des timelines, horlogerie suisse aidant, la vérité porte souvent un faux nez.

L’IA promet d’éteindre les incendies de désinfo… tout en jouant parfois avec l’allumette. Résultat : on scrolle, on s’émeut, et on prie pour que cette vidéo de Mamie en pole dance à Dubaï ne soit pas “elle”.Au pays des réseaux sociaux, la vérité est un animal en voie de disparition et je ne pense pas que cela s’arrange, ni tout seul, ni très vite !

L’intelligence artificielle promet de nous sauver des fake news… mais elle en fabrique aussi des meilleures que la réalité. Bref : elle joue à la fois le pompier et l’incendiaire. Et nous, pauvres humains, où que l’on soit, on scrolle en espérant que ce qu’on voit n’est pas un deepfake de notre grand-mère faisant du pole dance à Dubaï.


1. Quand la réalité devient optionnelle

Petit best-of documenté de ces dix dernières années :

  • 2016 – “Pizzagate” : un homme armé débarque dans une pizzeria de Washington pour “libérer des enfants” d’un réseau imaginaire. Zéro victimes… sauf la vérité et le sang-froid collectif. TIME

  • 2020 – Hydroxychloroquine : encensée sur Facebook/YouTube comme potion miracle anti-COVID. Les essais sérieux n’en montrent pas l’efficacité en prévention et alertent sur des risques cardiaques. New England Journal of MedicinePMC

  • 2023 – Punaises de lit : panique virale à Paris. Le ministre des Transports expliquera qu’aucun cas n’était confirmé dans les trains malgré la psychose médiatique. POLITICOFrance 24

  • 2018→… – “Brigitte Macron serait un homme” : intox tenace, désormais attaquée en justice et régulièrement démontée par des vérifications indépendantes. Le Monde.frSnopesPBSFactuel

  • Années 80→… – “Le SIDA inventé par les USA” : classique de la désinformation d’État (opération KGB), recyclé à chaque crise sanitaire. Wilson CenterThe MIT Press Reader

  • 2025 – “Macron & la cocaïne” : rumeur classée désinfo propageant une image truquée ; signalée comme propagande d’origine russe par des fact-checkers. BOOM

  • 2025 – “Texas sous l’eau” version people : images IA de Taylor Swift/Selena Gomez les pieds dans l’inondation — plus virales que les infos utiles. MySAYahoo!

  • 2025 – Audio deepfake attribué à Donald Trump Jr. : clip pro-Russie… démenti et identifié comme faux. ABC NewsFactCheck.org

  • Bonus “archives recyclées” : photo de manifestants à Paris (avec symbole nazi dans le cadre) publiée comme “2024” alors qu’elle date de 2014. Classique : vieilles images, nouvelle légende. Reuters

Moralité : les fake news ne gagnent pas parce qu’elles sont crédibles, mais parce qu’elles arrivent avant notre cerveau.


2. Les images IA “piège à compassion”

Vieil homme sous la pluie, chaton trempé, fillette en larmes devant une maison en ruines… L’IA peint à la chaîne, les pages anonymes récoltent émotions et données, puis… changent de nom/d’orientation. Derrière le chaton, parfois un loup — ou un vendeur de poudre de perlimpinpin marketing. (Phénomène courant : “engagement farming” + changement d’étiquette après avoir grossi l’audience.)

Le piège ? Ce n’est presque jamais ce que ça prétend être !
L’histoire est totalement inventée, l’image est synthétique, et après quelques semaines, la page change de nom :

  • “Sauvez nos animaux” devient un groupe complotiste,

  • un tremplin vers une secte,

  • ou un relais d’un mouvement politique radical.

Tout est fait pour alimenter l’idée que tout va mal, qu’une certaine population est responsable de tout et que l’on est en dictature.

Et parfois, c’est juste un appât pour récolter vos données personnelles.

Bref : derrière un chaton détrempé, il y a parfois un loup bien sec.


3. L’IA : gardien, voleur, faussaire… et parfois tous les trois

Le côté gardien

  • Le gardien : des plateformes traquent bots, deepfakes et narratifs coordonnés. Exemples : Cyabra (détection de faux profils & deepfakes) et Onyx Impact (programmes anti-désinfo et “Information Integrity Lab”). GlobeNewswireHelp Net SecurityAxios

Le côté voleur

En parallèle, l’IA “aspire” sans vergogne nos données, nos images, nos écrits, pour les recycler dans des contenus qu’elle recrachera ailleurs.

  • Le voleur : mêmes technologies pour industrialiser le mensonge à grande vitesse (audio/vidéo/textes génératifs → pipelines viraux).


Résultat : votre photo les doigts à partager un cornet de glace avec votre mari peut se retrouver dans une campagne de désinformation… sans que ne vous soyez jamais au courant, surprise, surprise !

Le côté faussaire

  • Le faussaire : la synthèse vocale/vidéo imite à s’y méprendre. Sans vérification outillée + formation du public, on confond vite James Bond et James Bidon. Ces mêmes IA peuvent générer des deepfakes audio, vidéo ou texte si réalistes qu’ils sont indétectables à l’œil nu. Elles fabriquent de fausses preuves, créent de faux témoignages et alimentent la machine à mensonges plus vite que les humains ne peuvent les démonter.

4. Réflexes pavloviens et vérités de comptoir

Le succès des fake news repose aussi sur nos automatismes :

  • “Y a pas de fumée sans feu” : Terrible phrase, sauf quand la fumée est un nuage IA en 8K.

  • “C’est passé à la télé” : comme si la télé ne pouvait pas se tromper, mais c’est quand ça arrange.

  • Mode “réponse par les tripes” : émotion → indignation → partage immédiat → (rarement) vérification.

Résultat : elles ne gagnent pas parce qu’elles sont crédibles, mais parce qu’ elles arrivent avant la réflexion, fut-ce encore qu’il y en ait une !


5. Le danger du “modèle collapse”

Imagine une IA nourrie uniquement par du contenu IA.
Plus de réalité, juste du recyclage de fictions.
Bienvenue dans l’ère du doute permanent.

A qui profite le crime ? L’histoire nous apprend ou plutôt de fait nous apprendre… sauf que les années 30 et la montée des tyrannies et des obscurantismes (Hitler, Staline, le Japon militaire) est bien loin pour la plupart des gens aujourd’hui : on voit des tyrannies là où on devrait dire des efforts, le premier étant de quitter son canapé…

Il est tellement facile dans un monde où on ne croit plus en rien de croire en un sauveur, s’il parle à vos tripes, s’il lève le bras ou désigne les coupables, ceux qui ne sont pas comme vous, il aura gagné.


6. La modération automatisée

Oui, l’IA est censée filtrer discours haineux et désinformation.
Mais l’IA se trompe aussi, beaucoup. L’ironie et le second degré ? Elle n’est pas programmée pour cela et ce n’est pas son truc.
Censure possible même pour une parodie: c’est l’intelligence sacrificielle !


7. La vraie protection : IA + cerveau humain

L’éducation aux médias combinée à l’IA reste l’arme ultime.
Sans ça, direction “Disneyland des illusions” : musique entraînante… mais tout est faux, sauf vos pleurs à venir.

Votre “trousse anti-intox”, simple et réutilisable :

  1. Ralentir (10 secondes suffisent).

  2. Identifier la source (compte original ? média ? page fraîchement renommée ?).

  3. Vérifier l’image/son (inversion Google Lens/TinEye ; écouter les coupures audio).

  4. Chercher un débunk (Reuters Fact Check, AFP Factuel, Le Monde Les Décodeurs, Snopes…). ReutersFactuelLe Monde.frSnopes

  5. Ne pas nourrir la bête (ne commentez/partagez pas un faux : signalez-le).


📌 Conclusion 

L’IA peut sauver l’écosystème des réseaux… ou l’enfoncer.

L’IA peut sauver les réseaux sociaux… ou les couler et nous tous avec ?
La clé ? Des outils transparents, un contrôle citoyen, et un réflexe simple : toujours douter.
Parce que la seule vraie info garantie à 100 %, c’est que quelqu’un, quelque part, essaie de te faire croire un truc.

Le seul problème, c’est que douter de tout, eh bien c’est fatigant, alors certains confient leurs cerveaux à un homme providentiel, aux USA en Russie ou ailleurs : un discours fort, unique, qui entraine, rassure et parle à vos tripes et surtout qui ne renverse pas votre tonneau de popcorn sur le tapis au pied du canapé. Il faut choisir, la Liberté a ce prix.

Si ces questions vous parlent et que vous les retrouvez parfois, concrètement, dans votre rapport au numérique ou à votre Mac, je propose aussi un accompagnement simple et humain. Les infos sont ici.

Sources (sélection)

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